La France est de retour
By Jean-Claude Kiefer
La politique
étrangère française aussi a changé en cent jours. Lentement mais sûrement, elle amorce un
nouveau cap davantage dicté
par le réalisme que par cette « certaine idée de la France » chère à la Ve République.
A cause
de Bernard Kouchner ? Il prend ses
ordres directement à l'Élysée. Selon une
volonté clairement exprimée par le président de la République ? Il sait surtout saisir les opportunités qui se présentent, même si elles
ne sont pas toutes conformes à cette « grandeur » longtemps érigée en religion par
le Quai d'Orsay. En réalité une
belle hypocrisie car nul n'ignore que la France n'a pas les moyens de ses
ambitions.
« La France est de retour en Europe », avait dit Nicolas Sarkozy le jour de son élection
à la présidence. Depuis, il
ajoute « la France est de retour en Amérique ». Or,
« être de retour »
signifie qu'auparavant il y avait
eu rupture et que, désormais, on se conformera à une règle
générale plutôt que de se draper dans un splendide isolement. Dans un cadre européen, ce « règlement » est clair : la France, après
deux années de silence gêné dû au non à la Constitution, joue de
nouveau le jeu commun en appuyant le « traité modificatif » qu'elle a largement inspiré pour sortir de l'impasse institutionnelle. Elle fera aussi valoir ses droits
en Conseil européen et proposera de nouvelles politiques, notamment sur le rôle de la Banque centrale européenne.
Mais
où se situe le « point
de retour » dans les
relations franco-américaines ? D'abord au sein de l'OTAN, jusqu'à adopter des
propositions controversées comme
l'installation de radars antimissiles en Europe centrale, au grand dam de Moscou. Ensuite dans les nouveaux rapports de confiance
avec les États-Unis, rapports qu'il
est malsain
de laisser aux seuls Britanniques, tout en ne cherchant pas à les concurrencer. La visite de
Bernard Kouchner en Irak s'inscrit
dans cette optique même si
concrètement elle ne modifiera en rien une situation catastrophique.
«La France, en trois mois, s'est
réconciliée avec tout le monde », dit aussi Nicolas Sarkozy citant ses déplacements
en Libye ou en Algérie et des « contacts » avec la Syrie. Pourtant, dans l'ensemble, les résultats diplomatiques restent encore maigres, sauf, peut-être, pour le Darfour.
C'est
sur le tout devant de la
scène mondiale que la France veut être de retour, avec les autres États qui comptent. Et non plus occuper une place à part, entourée d'une petite cour d'admirateurs louant toujours le courage d'avoir dit non aux Américains en 2003. Les temps ont
vraiment changé...