Kouchner, french doctrine

 

Par Mélanie RODDIER

 

Mardi 21 Août 2007

 

Un changement d'attitude. Le voyage de Bernard Kouchner en Irak marque une rupture dans la gestion du dossier irakien. Sans s'aligner sur les Etats-Unis et toutefois "inquiet" du manque de confiance entre les factions irakiennes, le "french doctor" assure que Paris doit s'engager dans la lutte de stabilisation du pays, en sollicitant l'action des Nations Unies et de l'Europe.

 

Quelques jours après la rencontre entre Nicolas Sarkozy et George Bush aux Etats-Unis, le ministre des Affaires étrangères, Bernard Kouchner, était à Bagdad. Coïncidence ou pas, ce voyage s'inscrit clairement dans la liste des initiatives du président français concernant les relations franco-américaines. Si Bernard Kouchner se défend toutefois de s'aligner sur les Etats-Unis, il devient en revanche plus difficile de nier le changement de cap diplomatique au sujet du dossier irakien, d'autant plus lorsque, sur place, le french doctor conseille de "tourner la page".

 

L'évènement est historique: c'est la première visite d'un chef de la diplomatie française depuis près de vingt ans et sa présence marque la volonté de Paris de s'engager plus activement dans l'épreuve de stabilisation du pays. Dans un entretien sur RTL, il a souligné ce changement: "Avant, il y avait une attitude qui consistait à dire: ‘circulez, y'a rien à voir, c'est tellement compliqué, c'est tellement fichu d'avance qu'il ne faut plus s'en occuper', et bien ce n'est pas l'attitude de la France actuelle".

 

La carte de l'ONU

 

Pour le moins réaliste, Bernard Kouchner a avoué lors de son entretien avec le président irakien, Jalal Talabani qu'il connait de longue date, ne pas avoir de solution-miracle pour sortir le pays de la crise. Toutefois, estimant que "la France a un rôle particulier dans cette région", il a rappelé que "les Américains ne peuvent pas sortir de la situation tous seuls", réaffirmant sa volonté de voir l'ONU entrer en scène. "L'Europe et l'ONU doivent jouer un rôle en Irak", a-t-il déclaré mardi.

 

S'il veut voir les choses évoluer, le ministre des Affaires étrangères ne rompt pas pour autant avec les principes de la politique française passée. "Nous nous sommes distingués très clairement de la politique américaine et nous n'avons pas été partisans de l'intervention américaine et je crois que nous avions raison", a-t-il dit.

 

Kouchner, "inquiet"

 

Pour Bernard Kouchner, cette nouvelle coopération doit démarrer par l'écoute des principales communautés. "Ecouter les Irakiens, leur affirmer que la solution à leur problème doit être irakienne, écouter toutes les communautés, préserver la souveraineté, l'intégrité et la démocratie en Irak: pour la France, c'est essentiel", a déclaré le ministre à l'issue de sa rencontre avec le président Jalal Talabani. Toujours est-il qu'il est difficile d'imaginer comment le ministre des Affaires étrangères va pouvoir agir face à un pays aussi profondément déchiré. Une solution politique semble aujourd'hui prématurée dans un contexte toujours très sensible.

 

Bernard Kouchner s'est d'ailleurs dit "inquiet" quant à l'évolution de la situation, racontant avoir découvert une capitale irakienne sinistrée. "Il existe un contraste poignant entre la zone verte et le reste de la ville (...) Non, ça ne va pas très bien", a-t-il dit, ajoutant qu'"il fallait être , il faut être . On se rend mal compte vu de loin de ce qui se passe ici". Au-delà même de l'état du territoire, Bernard Kouchner a estimé à son retour que la confiance faisait défaut entre les diverses composantes politiques irakiennes. Cette intervention, aussi spectaculaire soit-elle à l'instar des interventions de Nicolas Sarkozy n'a servi qu'à reprendre langue avec Bagdad. En attendant de voir de quelle façon les Nations Unies vont décider de réagir ...