La bataille
de Hillary Clinton
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Lise Payette
Édition du
vendredi 11 janvier 2008
Mots clés : Barack
Obama, Hillary Clinton, Élection,
États-Unis (pays)
Elle doit le voir dans sa soupe. Qui aurait pu prédire
que le jeune sénateur de l'Illinois Barack Obama lui
rendrait la tâche à ce point difficile
à elle, Hillary Clinton,
qui a tout pour réussir, l'expérience,
la volonté de changement,
le respect d'une grande partie de la population américaine,
en plus d'un sens aigu de
la politique et d'un nom qu'elle
avait réussi à sauver du
déshonneur par son comportement
digne et réservé au moment où la vie du couple Clinton battait de l'aile? Cette femme dont on a très méchamment souligné les rides récemment n'est pas au bout de ses
peines.
Ce n'est
pas Bill qui nuit à Hillary
en ce moment. Au contraire. Malgré ses frasques,
Bill Clinton est resté extrêmement populaire, et il soutiendra Hillary jusqu'au bout. Il lui doit bien
ça. Celui qui nuit à Hillary, c'est Barack Obama,
qui véhicule l'image forte
d'un vrai renouveau face à une femme dont
l'expérience, au lieu d'être un atout,
devient une photo avec des
rides et un poids supplémentaire
à porter. Obama, ce sénateur
sympathique et cool, a chamboulé
la donne. Beaucoup d'Américains
se sont entichés de lui dès le premier coup d'oeil, malgré le fait qu'il soit noir, ce qui avait
toujours été vu comme un handicap pratiquement insurmontable chez nos amis du Sud.
Il a suffi qu'il paraisse, qu'il parle d'espoir
et de changement pour que
la roue se mette à tourner comme
on ne l'avait pas vue tourner depuis
John F. Kennedy.
Nous assistons
à un véritable
phénomène. Le phénomène
Obama. Ceux qui l'avaient entendu
prendre la parole devant
des démocrates à Boston savaient déjà qu'ils allaient entendre parler de lui pendant longtemps. Sans
avoir l'air d'y toucher, il avait mis tous les délégués
dans sa poche
en quelques minutes. Habile dans
son discours, enthousiasmant
par ses propos, il tranchait déjà sur le ton souvent méprisant ou faussement
amusant des politiciens aguerris. Et puis,
il avait l'air d'y croire,
à cette Amérique
de paix et de générosité dont il parlait.
Il y avait si longtemps que
quelqu'un nous avait donné cette
impression de profonde sincérité.
Le vote américain
Ce n'est
pas gagné pour Hillary Clinton. Loin
de là. Le double standard continuera
de lui jouer de mauvais tours. Cette femme, qui a
réussi à travers le temps à se blinder d'une carapace solide pour affronter les épreuves
de toute sorte, va découvrir que
la carapace est lourde et qu'elle ne peut
pas jouer à l'homme politique sans en payer
le prix. Elle devra être une femme politique, et ça, ce
sera nouveau.
Il m'arrive
de penser qu'avec le rôle que les Américains
jouent dans le monde entier, nous devrions
tous avoir le droit de voter aux États-Unis. Le
président américain a un tel impact sur
la vie de tous les citoyens
de la planète que ce ne serait
que justice que nous ayons tous
le droit d'exprimer notre choix.
J'ai écouté
attentivement le discours
de Hillary Clinton au
Si elle échoue, là où
elle se situe, cela va
encore une fois décevoir beaucoup de femmes. Elles
vont se dire que ça ne sert
à rien et
qu'il y aura toujours un homme pour les dépasser à la dernière minute et prendre la place quoi qu'elles fassent. Ce n'est pourtant
qu'à moitié vrai.
Il faut bien comprendre que ce n'est
pas un homme ordinaire qui dérange les plans de Hillary
Ce qu'on
peut affirmer sans peur de
se tromper, c'est que la politique américaine est
beaucoup plus intéressante en ce
moment que la politique canadienne ou québécoise.
C'est au sud que ça
se passera en 2008 même si des élections devaient être déclenchées
au fédéral au cours des prochains mois. Le plus gros show du monde sera américain.