Curieuse coïncidence
L'éditorial de Pierre Rousselin
Six ans après les attentats du 11 septembre 2001, Oussama Ben Laden réapparaît alors qu'on le croyait mort. La vidéo qui le montre avec les traits rajeunis
et la barbe joliment colorée n'apporte par ailleurs rien de très nouveau. C'est un sermon antiaméricain et antioccidental reprenant les thèses de l'intellectuel de gauche Noam
Chomsky, lecture de chevet des altermondialistes
qui la partagent désormais
avec le terroriste mondial que l'on dit
tapi dans une grotte quelque
part entre le
Toujours
est-il que Ben Laden est encore là. Véridique ou trafiqué,
le message, arrive à point nommé,
à la veille du sixième anniversaire
des attentats qui ont changé la face de l'Univers. À la
veille, aussi, du grand débat qui s'ouvre cette semaine
aux États-Unis pour évaluer
la stratégie en Irak.
Comme
chaque 11 septembre, tout
le monde se remet à parler du cerveau
des attentats d'il y a
six ans. Depuis le temps, Ben Laden est devenu une
icône, une figure mythique, source d'inspiration
des djihadistes de la planète,
sans véritable rôle opérationnel dans les attentats qui secouent l'Occident comme le monde musulman.
Sa vidéo le montre. L'ennemi public numéro un ne brandit aucune
menace explicite et ne
lance pas d'appel direct à
de nouvelles attaques. Si le personnage fait toujours aussi peur et si chacune
de ses paroles fanatise ses troupes, sa réapparition sur Internet est avant tout un geste de propagande.
La vague terroriste mise en mouvement il y a six ans continue de déferler dans le monde sans qu'il lui soit nécessaire
de l'orienter avec précision.
Ces derniers jours l'ont montré : au
En Algérie, deux attentats
suicides en 72 heures ont
fait 50 morts. Le premier a failli
coûter la vie au président Abdelaziz Bouteflika. La branche d'al-Qaida au Maghreb, fondée le 11 septembre 2006 pour fédérer les djihadistes d'Afrique du Nord et du
Sahel, a revendiqué les attaques. Au Danemark, huit personnes ont été arrêtées,
accusées d'être en relations avec al-Qaida. En Allemagne, les services
de sécurité ont déjoué des projets d'attentat qui auraient été meurtriers et qui visaient des bases américaines ou l'aéroport de Francfort.
Six ans après le 11 Septembre, la
menace terroriste n'a pas faibli. George W. Bush a raison de vouloir,
pour la faire reculer, combattre
les extrémistes. Cela lui donne un argument pour mobiliser l'opinion en faveur de sa politique
à
La précédente vidéo de Ben Laden était intervenue à la veille des élections présidentielles de 2004
et avait bien aidé Bush face à Kerry. Cette fois-ci, l'image du chef d'al-Qaida apparaît juste avant le débat au Congrès sur la stratégie américaine en Irak. Curieuse coïncidence.
11septembre
2007