Opération séduction
08/11/2007
Nicolas
Sarkozy voulait conquérir
le coeur des Américains. Son discours, hier, devant le Congrès, est
parvenu à ses fins.
Dans un pays qui n'en revient pas d'être si mal aimé à
travers le monde, il était rafraîchissant d'entendre un étranger, venant d'un vieux continent, entonner avec des accents aussi sincères l'hymne à un rêve américain
si souvent décrié et qui semblait trouver dans sa
bouche une nouvelle jeunesse.
Les ovations à répétition qui ont jalonné son allocution ne venaient pas des responsables de telle ou telle politique,
mais marquaient un réconfort général
exprimé autant par les représentants et sénateurs démocrates que par leurs homologues républicains.
À un
an de la désignation du successeur de George W. Bush, la France prenait
date. Lorsqu'ils auront mis en place la relève, et quel que
soit leur choix, les États-Unis pourront compter sur nous. Tel était le message qu'il fallait faire passer.
Nicolas Sarkozy s'y est employé, avec son style direct, sans fioritures,
en mobilisant tous les mythes de la légende américaine. Amis depuis toujours, nous serons toujours
amis, en vertu
de la dette éternelle que nous devons
au sang versé par nos alliés pour notre liberté. Voilà ce que
les Américains veulent
entendre. Il serait déplacé de leur mesurer notre reconnaissance.
Au-delà
des grands principes
et de ces retrouvailles chargées d'émotion, quelques jalons ont été posés
pour la suite. La proximité restaurée
autorise à mettre les États-Unis face à leurs responsabilités.
Pour la défense de l'environnement,
l'appel a été manifestement entendu dans un Hémicycle beaucoup plus mobilisé que l'Administration sortante. La mise en garde contre les désordres monétaires a suscité, pour sa
part, une approbation plus mesurée.
Le dossier iranien a été
évoqué sans ambages. Si la France juge « inacceptable » que la République islamique se dote de l'arme nucléaire, elle prône la fermeté
afin de favoriser le
dialogue « jusqu'à la dernière
minute ». Il y a là une nuance qui pourrait annoncer quelques divergences.
L'Afghanistan a donné lieu à une annonce
très applaudie : la France restera engagée aussi longtemps
qu'il faudra. Plus généralement, les États-Unis peuvent compter sur nous dans
la lutte contre le terrorisme.
À huit mois de la présidence française de l'Union européenne, Nicolas
Sarkozy avait à coeur de parler aussi au nom de l'Europe. Il a invité les Américains à « faire confiance » au Vieux Continent et
s'est fait l'avocat d'un renforcement d'une défense européenne complémentaire de l'Otan, tout en
réaffirmant son désir de voir la France réintégrer la
structure militaire de l'Alliance
atlantique.
Récusant toute démarche
idéologique, le président
de la République a mis en avant un pragmatisme
qui ne peut qu'être bien reçu
aux États-Unis. Même si des difficultés risquent de surgir entre Paris et Washington, la communication
a été rétablie, la confiance a été restaurée.
L'enthousiasme unanime du
Congrès montre que l'opération séduction a réussi. Il incite à penser que
ses effets ne seront pas passagers.