
Le
Monde, France
Europe Thinks U.S. Missile Shield Might Actually Work
"Little-by-little, Americans are mastering the technique of
in-flight interception which, if not providing complete protection, constitutes
the first elements of a new form of defense."
By
Daniel Vernet
Translated
By Kate Brumback
March
28, 2007
France -
Le Monde - Original Article (France)
On the
occasion of the 50th anniversary of the Treaty of Rome
,
Angela Merkel was right to say that Europe should no longer be divided. The
Americans and Russians are, however, offering a new opportunity to do exactly
that. If Europe doesn't remain on guard, it risks falling into the trap. The
installation of an American anti-missile defense system in Poland and the Czech
Republic threatens to create the same divisions as the deployment of
medium-range missiles did in the 1980s. And, once again, Germany could find
itself at the center of the dispute.
What's at
issue? For decades, the United States has been pursuing a program originally
called National Missile Defense (NMD), to allow it to destroy intercontinental
nuclear missiles aimed at its territory in mid-flight. It wants to overcome the
weaknesses in its policy of deterrence, which are all the more apparent when
one considers the possibility of nuclear arms falling into the hands of nations
or terrorist groups that won't play by the rules of "Mutually Assured
Destruction
." In
other words, when the fear of reprisal won't prevent the use of atomic weapons.
The
notion of an impervious shield that would make Russia's huge arsenal null and
void, and which would render the small number of missiles in the hands of
"rogue states" ineffective, remains for the moment a utopian one. But
little-by-little, Americans are mastering the technique of in-flight
interception which, if not providing complete protection, constitutes the first
elements of a new form of defense.
And these
are the elements that are to be deployed - interceptors in Poland and radar for
detecting enemy missiles in the Czech Republic. Russia immediately protested.
As a rule, the Russians have trouble accepting that its former vassals are
making decisions without consulting them. On a tactical level, they hope to
drive a wedge between new and old Europe. As a doctrine, America's missile
defense system is incompatible with the Balance of Terror.
[Editor's
Note: The Balance of Terror refers to why Mutually Assured Destruction
is thought to have successfully prevented the United States and Soviet Union
from launching nuclear attacks against one another. The author is pointing out
that by giving such a huge advantage to the United States, its missile shield
undermines that "balance"
].
What are
Europeans to do? First of all, it could practice the "ostrich
policy," by asserting that the Americans are only in the planning stage
and that, in any event, such a system will never work. Or it could allow itself
to be influenced by Moscow, as the German Social-Democrats have done. Their
president, Kurt Beck, who sees himself as a competitor of Ms. Merkel for the
Chancellorship in the 2009, has rediscovered his party's pacifist sentiments by
denouncing "the new arms race." In both cases, the Poles and Czechs
are left to sort things out alone, as if they don't belong to the same
community.
The
Europeans can also recognize that nuclear proliferation and the transformation
of deterrence are real problems that deserve their attention. Anti-missile
defense, insofar as it relates to European security, should be on the agenda of
the Atlantic Alliance [NATO]. One is astonished that NATO Secretary General
[Jaap de Hoop Scheffer] doesn't consider his organization competent to do so.
The NATO-Russia Forum would be a perfect place to calm Moscow’s fears.
Finally,
though the Czechs and Poles have the right to make decisions without consulting
their European partners, it would be good if the Union seizes the occasion to
grapple with this question of military nuclear power which - for obvious
reasons - it has hitherto carefully avoided. This is a lot to ask, but European
defense consists not only of overseeing elections in Congo. It is always said
that European security is indivisible; the moment has come to show it.
French Version Below
Le bouclier américain
trouble l'Europe
par Daniel Vernet
28.03.07
A l'occasion du
50e anniversaire des traités
de Rome, Angela Merkel a eu raison de dire que l'Europe ne
devait plus se diviser. Les
Américains et les Russes sont pourtant
en train de lui offrir une nouvelle occasion de le faire. Si
elle n'y prend garde, elle
risque de tomber dans le piège. L'installation d'un système américain de défense antimissile
en Pologne et en République tchèque est en passe de créer les mêmes clivages que le déploiement des fusées à moyenne portée
dans les années 1980. Et une fois
encore, l'Allemagne pourrait
bien se retrouver au centre
des polémiques.
De quoi s'agit-il ? Les Etats-Unis poursuivent depuis des décennies un programme, appelé
à l'origine National
Missile Defense (NMD), leur permettant
de détruire en vol des fusées nucléaires intercontinentales visant leur territoire. Ils veulent boucher
les failles de la dissuasion, d'autant
plus apparentes que l'arme nucléaire tomberait entre les mains d'Etats ou de groupes
terroristes qui ne joueraient pas le jeu de la
"destruction mutuelle assurée",
autrement dit que la peur des représailles ne retiendrait pas d'utiliser le feu atomique.
L'idée d'un bouclier parfaitement étanche rendant caduc le gigantesque
arsenal russe et inopérants les quelques missiles
d'un "Etat voyou"
est, pour le moment, utopique.
Mais les Américains maîtrisent peu à peu la technique de l'interception en vol et ils commencent
à déployer des systèmes antimissiles qui, s'ils ne les mettent pas totalement à l'abri,
constituent les premiers éléments d'une
nouvelle dimension de la défense.
Ce sont ces
éléments qui vont être déployés, des intercepteurs en Pologne et un radar pour détecter les fusées ennemies en République tchèque. La Russie a immédiatement
protesté. Par routine - elle
a du mal à accepter que d'anciens vassaux
prennent des décisions sans
la consulter -, par tactique - elle
espère enfoncer un coin entre la nouvelle et la vieille
Europe -, par doctrine - le bouclier antimissile est incompatible avec l'équilibre
de la terreur.
Que peuvent les Européens
? D'abord pratiquer la politique de l'autruche, en affirmant que les Américains n'en sont qu'au stade
des intentions et que, de toute façon, un tel système ne
marchera jamais. Ou bien se laisser
impressionner par Moscou, comme l'ont déjà fait les sociaux-démocrates allemands. Leur président, Kurt Beck, qui se
verrait bien comme concurrent de Mme Merkel pour la chancellerie lors des élections de 2009, a retrouvé les
accents du mouvement pacifiste pour dénoncer "la
nouvelle course aux armements". Dans les deux cas, ils laissent les Polonais et les Tchèques se débrouiller tout seuls, comme s'ils
n'appartenaient pas à la même communauté.
Les Européens peuvent
aussi reconnaître que la prolifération nucléaire et les avatars de la
dissuasion sont un vrai problème qui mérite leur attention. La défense
antimissile, dans la mesure
oùelle concerne aussi la sécurité de l'Europe, devrait être à l'ordre
du jour de l'Alliance atlantique. On s'étonne que le secrétaire général de l'OTAN considère que son organisation n'est pas compétente. Le Forum OTAN-Russie serait d'ailleurs un lieu parfaitement adapté pour dissiper les craintes de Moscou.
Enfin, si les Tchèques et les Polonais ont le droit de prendre des décisions sans consulter leurs partenaires européens, il serait bon que
l'Union saisisse l'occasion pour s'atteler à la question du nucléaire militaire que, pour des raisons évidentes, elle a jusqu'alors soigneusement occultée. C'est beaucoup demander, mais la défense européenne ne consiste pas seulement à surveiller
le bon déroulement des élections
au Congo. On a toujours dit
que la sécurité de l'Europe était indivisible, le
moment est venu de le montrer.