M. Sarkozy chez le président Bush pour restaurer le lien franco-américain

 

LEMONDE.FR | 11.08.07 | 10h20  •  Mis à jour le 11.08.07 | 14h25

 

L 'Elysée l'affirme : la "séquence américaine" de Nicolas Sarkozy ne fait que commencer. Au milieu de ses vacances à Wolfeboro, dans le New Hampshire, le couple Sarkozy était attendu pour le déjeuner, samedi 11 août, par la famille Bush dans leur résidence de Kennebunkport, dans le Maine.

En septembre, du 23 au 26, le président français se rendra à NewYork pour l'Assemblée générale des Nationsunies. Un mois plus tard, "plutôt vers la fin du mois" précise l'Elysée, il sera en visite officielle à Washington. La Maison Blanche est ravie. "Nous sommes à l'aube d'une ère nouvelle dans les relations franco-américaines", a souligné, mercredi 8 août, TonySnow, son porte-parole.

Signe de ce réchauffement franco-américain, le déjeuner de Kennebunkport a été organisé pour lui donner un air de famille. Un scénario inenvisageable avec Jacques Chirac depuis sa "trahison" sur l'Irak. La version officielle veut que l'invitation ait été lancée par Laura Bush auprès de Cécilia Sarkozy, lors du G8 des 5 et 6 juillet. La première dame américaine aurait été, alors, mise dans la confidence par Mme Sarkozy du lieu de leurs vacances, à 80 kilomètres de la résidence des Bush.

SOUPÇON D'ALLÉGEANCE

Pour réussir sa "séquence américaine", le président Sarkozy devra d'abord effacer l'image du candidat Sarkozy, qui avait semblé faire allégeance à George Bush lors d'une visite éclair à la Maison Blanche en septembre 2006. Face à un président américain affaibli sur la scène intérieure, le président français affiche sa fraîche légitimité et l'avantage que lui procure sa nouvelle "influence" en Europe, avec le compromis des Vingt-Sept, obtenu le 23 juin, sur un traité simplifié pour relancer l'Union européenne. A cela s'ajoute son rôle dans la libération, le 24 juillet, des infirmières et du médecin bulgares retenus en Libye.

La "rupture" voulue par Nicolas Sarkozy est d'abord, selon l'Elysée, une rupture de style. "La relation entre les deux pays est très liée à la personnalité de leurs dirigeants", explique un porte-parole. Celui de la Maison Blanche est sur la même longueur d'onde : "Le président Bush croit à la nécessité de construire une relation personnelle avec les autres chefs d'Etat." M.Sarkozy veut ainsi saisir l'occasion d'établir une relation plus équilibrée avec les Etats-Unis. Le président français, même s'il ne s'agissait pas d'un sommet, avait l'intention d'aborder les principaux sujets de l'actualité internationaleIrak, Iran, Liban, Afghanistan et Darfour.

Sur le fond, "ce n'est parce que nous avons changé de président qu'il y a une rupture diplomatique", avertit l'Elysée, même si la présidence de la République veut croire qu'"il y a désormais beaucoup de sujets de consensus entre les Etats-Unis et la France". Y compris sur l'Irak. Le président Chirac avait lui-même amorcé le rapprochement avec l'Amérique sur ce dossier, estimant dans le livre Mon combat pour la paix (broché, mars 2007) que "nul n'a regretté la disparition de Saddam Hussein".

"UNE ERREUR HISTORIQUE"

Symétriquement, avant même d'être élu, NicolasSarkozy a assumé l'héritage de la position française sur l'Irak. Alors qu'il ne cachait pas, en 2003 et en "off", qu'il désapprouvait, sur la forme, le chantage au veto exercé par la France sur son allié américain, il a fait clairement savoir, en janvier, que, sur le fond, la guerre en Irak avait été "une erreur historique". "L'amitié, c'est d'accepter aussi que ses amis puissent penser différemment", a-t-il expliqué. L'importance prise par le dossier irakien dans la campagne américaine pour les élections de 2008 "fait que la Maison Blanche se rend bien compte qu'on est tous sur le même bateau, et qu'on fait tous la même analyse de la situation, malgré quelques nuances sur les moyens à mettre en œuvre", estime une source diplomatique française.

D'une "nuance" à un "désaccord", il n'y a pourtant souvent qu'un pas. Sur le nucléaire iranien, la France continue de faire entendre une voix plus diplomatique. "Traditionnellement, la diplomatie française veille à aller jusqu'au bout des solutions politiques", confirme l'Elysée. Au Darfour, les Américains se félicitent de ce que la France ait adopté des positions plus fermes à l'égard de Khartoum, mais aimeraient qu'elle n'exclue pas d'appliquer des sanctions commerciales unilatérales contre le Soudan. En Iran, rien n'indique que le scénario français des pressions diplomatiques contienne encore longtemps l'impatience américaine. En Afghanistan, les Etats-Unis s'inquiètent du flou entretenu par M. Sarkozy sur la durée de l'engagement français, au moment le Canada et les Pays-Bas envisagent un désengagement, au moins partiel.

Enfin, au Liban, la France craint que son engagement militaire ne se transforme en piège, les Etats-Unis doutent de l'efficacité des récentes démarches françaises à l'égard de la Syrie.

 

Christophe Jakubyszyn