La Russie regonflée à bloc face à
Moscou espère tirer profit des revers des Etats-Unis pour retrouver son
influence perdue.
Par
mercredi 15 août 2007
«Les Etats-Unis
se comportent comme un hooligan bourré. Nous, nous attendons
qu’ils dessaoulent.» Comme beaucoup d’autres experts russes, Sergueï Markov, politologue proche du Kremlin, se permet maintenant un rien d’irrévérence
à l’égard de la première
puissance mondiale. Ces derniers temps, Vladimir Poutine
a donné le ton en Russie,
en traitant les Etats-Unis
de «camarade loup» prêt à dévorer les plus petits pays, ou en comparant la politique américaine à
A la suite du président russe,
journalistes et proches du Kremlin célèbrent à qui mieux mieux la fin du «gendarme du monde». Si le discours russe est
tellement outré, c’est qu’il est à
la mesure de la grande peur provoquée par les avancées américaines dans l’espace post-soviétique ces dernières années. La révolution orange de décembre
2004 en Ukraine, que le Kremlin considère
comme téléguidée par
Washington, a été un traumatisme
grave à Moscou, de même que l’élection
en Géorgie de Mikhaïl Saakachvili, président qui rêve d’Amérique et d’Otan. L’affaiblissement américain est
avant tout perçu comme une occasion de voir cette pression
occidentale s’estomper aux frontières de la Russie.
Empire romain. «Moins les Etats-Unis ont de succès dans leur
folle politique d’isolement de la Russie, mieux c’est pour nous», résume Sergueï
Markov, qui - comme beaucoup de proches
du Kremlin - met volontiers
sur le dos des Américains
les difficultés de la Russie
avec ses voisins.
«L’échec des Etats-Unis en Irak a eu pour conséquence de discréditer toute leur politique
de démocratisation du
monde», observe aussi Fiodor
Loukianov, rédacteur en
chef de la revue,
Mais le Kremlin peut profiter de la situation pour essayer de rattraper tout ce
qu’il a perdu ces quinze dernières
années. Tandis que l’ordre mondial
vacille, le pays brûle d’envie de s’approprier quelques morceaux. Pour les nationalistes russes, très populaires, c’est l’occasion en tout cas de trompeter.
«Le déclin de l’Empire romain a commencé lorsqu’au lieu de l’armée de paysans, César et
Pompée ont créé une armée
de soldats professionnels
qui ne voulaient pas mourir», explique Anatoli Outkine, historien à l’Institut
des Etats-Unis et du
Ce déclin américain n’est d’ailleurs qu’un élément du crépuscule
de tout l’Occident, prévient Anatoli Outkine. «Les cinq cents ans de domination de l’Occident sur le monde sont en train de s’achever et, in extremis, la Russie
a réussi à prendre le train des nouveaux pays qui montent,
aux côtés de la Chine, de l’Inde
et du Brésil.»
Pour preuve,
l’historien rappelle
comment la Russie renforce
son armée, développe ses nouveaux missiles Boulava, livre des armes à la Chine ou à
l’Iran, et reprend pied au Proche-Orient. «L’Europe
aurait pu être le centre du monde si seulement la Russie avait été
acceptée dans l’Otan et l’Union européenne», affirme Anatoli Outkine. «En 2025, c’est
«Le crash des néoconservateurs américains et de leur politique
de folie est bon pour la Russie, mais pas le crash des Etats-Unis», nuance Sergueï
Markov. «Nous sommes
contents de chacun des échecs
des Etats-Unis en
Mouvement de plaques. Le décrochage
américain entraîne Moscou à repenser
le monde, ajoute Fiodor Loukianov, de Russia in Global Affairs .
«Jusqu’à récemment
encore, la Russie était partisane du statu
quo. Son intérêt était de préserver l’ordre du monde tel qu’il était,
tandis que l’Occident se voulait plus réformateur. Aujourd’hui, c’est l’Occident qui veut garder son titre de vainqueur de la guerre froide, tandis que la Russie demande
à changer l’ordre des choses.» Un
grand mouvement de plaques géostratégiques
s’annonce à nouveau,
observe-t-on à Moscou, semblable peut-être à celui de 1989. Mais cette fois-ci,
la Russie voudrait bien être acteur,
et plus seulement victime.
(Dem a in
: le Moyen-Orient doute
de l’Amérique)